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Rwanda : Survie HN dans le journal Entrevivre

Par Survie HN :: 14/06/2007 à 23:34 :: Francafrique infos

 

Devoir de mémoire

 

D’avril à juillet 1994, un génocide s’est déroulé au Rwanda. Le génocide, crime contre l’humanité est considéré comme le crime des crimes. Depuis 13 ans, chaque année le mois d’avril revient avec le nécessaire devoir de mémoire. En quoi doit-il tous nous concerner ?

 

Que s’est-il passé au Rwanda ?

 

Tout d’abord, la terminologie à employer à propos de ce drame est « génocide des Tutsi du Rwanda de 1994 ». Elle précise le statut des victimes, le lieu et le moment. Ainsi, on ne parle pas du génocide allemand mais du génocide des Juifs d’Europe. Cette terminologie honore la mémoire des victimes et permet au rescapé d’échapper à la culpabilité d’être vivant, elle évite également de banaliser le terme de « génocide » et de lutter contre le révisionnisme, même et surtout involontaire.

 

Il y a eu, et rien ne peut remettre ce fait en cause, un projet d’extermination d’une partie de la population rwandaise accompli par un appareil génocidaire qui avait soigneusement organisé et planifié l’extermination des Tutsi et le massacre des Hutus démocrates. En 100 jours, près d’un million de Rwandais ont péri sous les assauts conjugués et coordonnés de l’armée, de la gendarmerie, de l’administration, des médias, des milices ou encore de leurs propres voisins. Une propagande honteuse et criminelle avait préparé le terrain et une logistique redoutable avait armé la population de machettes et de postes de radio.

 

Combien de victimes et qui ?

 

Les estimations ont beaucoup varié et aujourd’hui on s’accorde à dire qu’il y a eu 800.000 victimes. Pour ma part je pense que le chiffre est plus proche d’un million. En effets les deux seules études sérieuses menées sur le terrain on dépassé ce nombre. Les victimes sont les Tutsi parce que nés et les Hutu démocrates car ils représentaient la légalité ou l’opposition à ce projet génocidaire. Quoi qu’il en soit, le nombre n’est pas un facteur pour qualifier des massacres de masse de génocide.

 

L’armée et la gendarmerie ont évidemment participé aux massacres mais  ceux-ci été réalisés principalement par les milices Interahamwe et la population. L’appareil d’état a servi à l’organisation, à la planification et la diffusion de la propagande.

 

Quoi qu’on en dise, le Front Patriotique Rwandais a été la seule force s’opposant à l’exécution du génocide. Les casques bleus et les armées francaise et belge ne sont pas intervenues.

 

Pourquoi la communauté internationale n’a-t-elle pas agi ?

 

L’organisation du génocide a été pensée dans ses moindres détails. Quand 10 soldats belges des forces des Nations Unies ont été assassinés dans les premiers jours, la Belgique a retiré ses troupes. L’ONU n’a pas remplacé le contingent belge et le mandat des casques bleus ne prévoyait ni intervention ni interposition.

La communauté internationale a donc assisté et laissé se dérouler le génocide malgré les efforts du général canadien Roméo Dallaire qui avait alerté son supérieur qui était à l’époque Kofi Annan.

 

Et la France ?

 

Le rôle de la France n’a pas encore été défini clairement. La mission parlementaire d’information a pointé de nombreux errements et de nombreuses erreurs. Les derniers travaux de la Commission d’Enquête Citoyenne, mais aussi ceux de journalistes et de chercheurs semblent pointer du doigt la coopération militaire française.

Outre le soutien avéré, la France n’a pas cessé de se placer du côté des génocidaires, nourrissant le discours révisionniste. Il serait bon que notre pays se penche sur cette page sombre avant que l’Histoire ne juge la France.

 

Quelle que soit cette implication, la responsabilité des Rwandais qui ont théorisé, organisé ou exécuté le génocide reste entière.

 

Comment préparer l’avenir ?

 

Le gouvernement d’union nationale qui a hérité d’un pays dévasté jusque dans les têtes a déjà commencé à préparer l’avenir en travaillant à la réconciliation. Les gaçaça, tribunaux traditionnels modernisés selon les principes de la réconciliation en Afrique du Sud, la suppression des mentions Hutu ou Tutsi sur les cartes d’identité, le changement des paroles de l’hymne national sont quelques-unes des mesures engagées. Mais ce n’est pas facile. Pour que les rescapés puissent accorder le pardon, encore faut-il que la faute, le crime, soit reconnu par les coupables.

 

Repères chronologiques

 

1894 :


le premier Européen, un Allemand entre au Rwanda

 

1924 :


les Belges obtiennent un mandat de la Société Des Nations sur le « Ruanda-Urundi »

 

1946 :


La SDN devient ONU et le mandat de la Belgique devient « tutelle »

 

1959 :


Le 25 juillet, le Mwami (roi) Mutara III Rudahigwa décède dans des circonstances pour le moins mystérieuses.

 

Le 28 juillet, son successeur est désigné par les « sages », ce sera son demi-frère, Jean-Baptiste Ndahindurwa qui règnera brièvement sous le nom de Kigeri V.
 
En novembre a lieu la "Toussaint rwandaise" : des dizaines de milliers de Tutsi sont chassés de leur collines : massacrés ou condamnés à l'exil, ils s'installent au Zaïre, au Burundi et en Ouganda. C'est le début de la "révolution sociale" des Hutu. Le Rwanda connaît à ce moment les premiers actes de génocide contre les Tutsi.

 

1961 :


Le 1er juillet, l'indépendance du Rwanda est donnée par la Belgique. La république est proclamée et Grégoire Kayibanda devient le premier Président de la République Rwandaise.

 

1972 :


Le pouvoir en place instaure la politique des quotas qui mène à l’expulsion des écoles ou de leur travail des centaines de milliers de Tutsi. Des massacres sporadiques ont lieu.

 

1973 :


Le général Habyarimana renverse Grégoire Kayibanda. Son règne commencé dans un relatif apaisement deviendra de plus en plus dur envers les Tutsi mais aussi les Hutu originaires du sud du pays.

 

1990 :


Le Front Patriotique Rwandais composé d’exilés principalement Tutsi lance son attaque le 1er octobre à partir de l’Ouganda.

 

1991 :


Le multipartisme est instauré. Les premiers ministres sont issus des rangs de l’opposition intérieure.

 

1993 :


Les accords de paix d’Arusha sont signés entre le gouvernement et le FPR. Ils ne seront jamais appliqués.

 

Une commission de la FIDH découvre l’existence de charniers et lance un signal d’alarme à la communauté internationale.

 

1994 :


Le 6 avril au soir l’avion de Juvénal Habyarimana est abattu. Les premières tueries commencent (Premier ministre, ministres, juges…).

 

Le 7 avril, la machine génocidaire est en place, l’extermination des Tutsi commence sous l’autorité du Gouvernement Intérimaire Rwandais, formé à l’Ambassade de France.

 

Le 22 juin, la France lance l’Opération Turquoise dans le sud ouest du Rwanda qui prendra fin le 21 août et permettra l’exfiltration des idéologues et des organisateurs du génocide.

 

Le 4 juillet, le FPR prend la capitale. Un gouvernement d’unité nationale est nommé le 19 juillet.

Le Tribunal International Pour le Rwanda est constitué fin 1994. Il siègera à Arusha (Tanzanie).

 

1998 :


Suite à une série d’articles dénonçant l’implication de la France, le reporter Patrick de Saint-Exupéry amène le gouvernement à créer une Mission Parlementaire d’Information sous la direction de Paul Quilès. Sa mission : absoudre la France.

 

2006 :


En novembre, le juge Bruguière, suite à une enquête controversée, lance des mandats d’arrêts internationaux contre le président rwandais Paul Kagame et plusieurs personnalités de l’état. Le Rwanda rompt ses relations diplomatiques avec la France.

 

Repères bibliographiques

  • Histoire d’un génocide, Colette Braeckman, Fayard, 1994.
  • Rwanda, un génocide français, Mehdi Ba, L’Esprit Frappeur, 1997
  • La nuit rwandaise, Jean-Paul Gouteux, Izuba / L’Esprit Frappeur, 2002
  • L’inavouable, Patrick de Saint-Exupéry, Les Arènes, 2004
  • L’horreur qui nous prend au visage, ouvrage collectif, Karthala, 2005
  • Une guerre noire, David Servenay et Gabriel Péries, La Découverte, 2007
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